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Prévention tabac, alcool, sucre : des messages incitatifs ?

Prévention tabac, alcool, sucre : messages inefficaces, culpabilisants, voire incitatifs.

Pourquoi des messages de prévention ?

Amis fumeurs, mangeurs de sucreries, de beurre ou adeptes du canapé, soyez les bienvenus ! Vous savez que vous consommez trop de ceci, et pas assez de cela ? Vous vous en voulez parfois de ne pas faire ce qu’il y a pourtant marqué partout ? C’est pourtant facile, c’est écrit : ne fumez pas, ne buvez pas, faites du sport, économisez l’énergie, mangez des légumes… Vous n’y parvenez pas toujours ? Vous pensez parfois manquer de volonté ? Rassurez-vous, c’est juste que les messages de prévention tabac, alcool, sucre ne sont pas adaptés pour vous aider à changer. Ces messages sont juste là pour … mais ils sont là pour quoi en fait s’ils n’aident pas à changer ?

Aujourd’hui, la société nous encourage à suivre de plus en plus de règles, dans le but annoncé d’augmenter notre bien-être, notre santé, notre espérance de vie voire même notre bonheur. Ces règles prennent la forme d’injonctions ou de messages courts relayés par les médias ou directement inscrits sur les produits de consommation.

Depuis 2001, la cigarette arbore le fameux « fumer tue ».

Voici quelques exemples de messages de prévention réglementaires en France :

  •  « Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour. »
  •  « Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière. »
  •  « Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé. »
  •  « Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas. »
  •  « L’énergie est notre avenir, économisons-la ! »
  •  « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération. » 

Sans entrer dans le détail, il se passe la chose suivante (choisissez votre version) :

Version bisounours

L’Etat ne permet que la vente de produits sains. L’abus de certains d’entre eux peut malgré tout constituer un danger pour la santé.

C’est pourquoi, l’Etat responsabilise les consommateurs en surtaxant ces produits et en imposant l’inscription de messages de prévention clairs, afin d’informer les consommateurs.

Les consommateurs restent ainsi libres de leurs choix.

Version conspirationniste

L’Etat autorise la vente de produits clairement nocifs sous la pression de certains lobbies et se donne bonne conscience en imposant l’inscription de messages de prévention à l’efficacité très relative.

L’Etat-complice tire un important profit des surtaxes sur ces produits mortellement dangereux, ce qui s’appelle du recel. 

art. 321-1 du code pénal :  « Constitue également un recel le fait, en connaissance de cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit d’un crime ou d’un délit. »  et art.222-15 du code pénal : « L’administration de substances nuisibles ayant porté atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’autrui » est un crime

La vérité est certainement entre les deux.

Comment formuler un bon message de prévention ?

Bien que les messages de prévention affichés sur nos produits fassent l’objet de nombreuses discussions avant d’être adoptés, je m’interroge ici sur l’évidente maladresse de certaines formulations.

En effet, un message est d’autant mieux intégré, compris et retenu qu’il respecte notamment les principes suivants :

  • Si le message se veut didactique, c’est à dire qu’il doit nous apprendre quelque chose qu’on ne sait pas déjà, alors il gagne à être précis et construit positivement (on évite le « ne faites pas ceci », « évitez de faire cela »…).
  • Si le message veut faire changer un comportement, une idée, il gagne surtout à faire appel à notre imagination et à créer de l’émotion.

Précision

Comme le disait si justement Frédéric Dard : « Tout objectif flou conduit obligatoirement à une connerie très précise. » Si le message de prévention doit être didactique, alors il doit être précis. « Mangez des fruits. » est imprécis. « Mangez 5 fruits par jour. » est déjà plus précis. « Mangez 5 portions de 80 à 100 grammes de fruits ou de légumes par jour. » est très précis … mais trop long.

Toute la difficulté pour un message de prévention est donc d’arriver à faire court et précis. Notez que la précision du message n’a d’intérêt que si le message s’adresse à notre partie mentale.

Solution

Le message doit montrer la solution et non pointer du doigt le problème. Parler du problème contribue en général inconsciemment à l’entretenir. On évite donc les formulations négatives du type « ne faites pas », « évitez de » etc. 

Par exemple, un message disant « Ne mangez pas de pomme. Manger des pommes n’est pas bon pour la santé. » est un message très ambiguë pour notre inconscient qui ne comprend pas la négation (voir encadré ci-dessous).

 Moralité : pour que notre cerveau comprenne bien, il vaut mieux dire ce qu’il faut faire plutôt que ce qu’il ne faut pas faire.

Émotions

Un message est d’autant mieux retenu qu’il crée une émotion (agréable ou non). On est mieux capable de retenir une information dès lors qu’elle est associé à une émotion. Par exemple, il est probable que vous vous souveniez ce que vous faisiez et où vous étiez lorsque vous avez vu les images des avions percutant les tours le 11 septembre 2001. En revanche, vous avez oublié ce que vous avez fait la veille. Simplement car ce jour là, il y a eu une forte émotion.

Un message qui crée de l’émotion a toutes les chances d’être retenu. Egalement, pour créer de l’émotion, il faut que le message sollicite l’imaginaire.

Essayez de dessiner sur une feuille de papier un arbre qui ne tombe pas. Allez-y, tentez de le faire. Certains vont faire un arbre debout, d’autres un arbre penché. D’autres encore un arbre qui tombe avec une croix dessus pour montrer le « ne pas ». Mais aucun de ces dessins ne montrera vraiment un arbre qui ne tombe pas.

Notre cerveau a beaucoup de mal avec la négation, dans le sens où il ne sait pas imaginer la négation de quelque chose. Pour vous en convaincre, je vous invite à faire l’exercice ci-contre. Un autre exercice consiste à tenter de ne pas penser à une pomme. En tentant de ne pas y penser, vous y penser nécessairement. Dernier exemple : je ne veux pas avoir peur de quelque chose que je redoute. Alors je me répète que je ne dois pas en avoir peur. Je me dis que je dois cesser d’y penser, que je ne dois plus avoir ça en tête etc. Et en fait, je reste dans ma peur parce qu’en voulant ne pas y penser, j’y pense.

Finalement, pour imaginer la négation de quelque chose, notre cerveau doit se représenter la chose en question. Et ce faisant, il renforce la chose qu’il voulait nier. Si j’entends : « Ne mangez pas de pomme. Manger des pommes n’est pas bon pour la santé. », mon cerveau va beaucoup retenir l’image de manger une pommes et pas beaucoup retenir les négations. Cela va créer une dissonance (désaccord) entre ma partie mentale consciente (qui comprend très bien la négation) et des parties plus inconscientes. C’est ce qu’il se passe par exemple avec la cigarette, l’alcool, le sucre, le gras : mentalement chacun sait que ce n’est pas bon pour la santé, mais une part de nous plus profonde en a envie.

Etude critique de certains messages

Message : « Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour. »

Voici un exemple de message plutôt clair. Il est énoncé positivement, il est plutôt précis dès lors qu’on est tous d’accord pour dire qu’un grain de raison n’est pas un fruit à lui seul. En fait, il signifie qu’il faut manger 400 à 500 grammes de fruits ou de légumes par jour (source INPES). En revanche, le message n’est pas imagé et ne fait pas appel à nos sens ni à nos émotions. C’est un bon message didactique.

Message : « Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière. »

C’est énoncé positivement. En revanche, c’est très imprécis. Si je fais un jogging une fois par mois, c’est régulier. C’est parfaitement insuffisant pour améliorer ma santé ; mais c’est régulier. 

Et puis, entre nous… ça vous donne envie de faire du sport ce message ? Ça vous donne envie de mettre vos baskets un matin et d’aller courir ? ou de vous inscrire à une salle de sport ? Moi pas. C’est un message froid, didactique ET imprécis donc inutile.

Message : « Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé. »

Voici un exemple de formulation négative : « évitez de ». A proscrire comme expliqué plus haut. Mais au delà de cette maladresse, cette phrase n’a aucun intérêt car c’est évidemment un truisme. En effet, trop signifie : en excès. Donc manger trop de quelque chose n’est jamais bon, puisque c’est manger en excès de cette chose. Ce message est  vraiment imprécis et ne permet pas de savoir, justement, quand est-ce que c’est  trop gras, salé ou sucré. Les messages indiquant que dans un verre de soda ou de jus de fruits, il y a l’équivalent 6 ou 8 sucres me semblent plus marquants car ils créent une émotion.

Message : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération. »

La première partie ne veut rien dire car l’abus de tout est dangereux pour la santé (puisque c’est un abus) : l’abus de sport est dangereux pour la santé, l’abus de travail est dangereux pour la santé, l’abus de repos est dangereux pour la santé… enfin tout abus est dangereux par définition puisqu’un abus est un usage en excès.

La seconde partie du message est pire. Dans « consommez avec modération », il y a le mot consommez. Ci-contre ce qu’on peut trouver sur internet comme détournement bien naturel de ce message. Et oui ! Notre cerveau adore jouer avec les mots, vous le découvrirez d’avantage pour le message anti tabac.

A noter également que ce message ne sollicite pas nos émotions ni notre imaginaire… sauf pour le détourner.

On peut noter que la majorité des messages de prévention s’adressent à notre partie mentale, la partie consciente de nous, celle qui est sensé nous contrôler. Peu de messages sollicitent nos sens ou notre imaginaire.

Ces messages se trompent de cible !

La plupart des gens qui abusent des sucreries, du tabac ou de l’alcool ne le font pas par ignorance de la dangerosité de ses produits. Ils le font car il ne parviennent pas à s’en empêcher. La partie mentale d’eux n’est pas assez forte pour dominer la partie d’eux qui a envie ou besoin du produit. Dire à quelqu’un « Ne mange pas trop sucré » ou « ne fume pas », c’est comme dire à quelqu’un de triste : « ne pleure pas » ou à quelqu’un en colère « calme toi » : ça ne sert à rien. Voire ça aggrave le problème. Un bon message de prévention doit donc s’adresser à nos parties imaginaires et émotionnelles, ce sont elles qui posent problème dans le cadre d’une consommation excessive d’un produit.

Et le meilleur pour la fin : "FUMER TUE"

Cette phrase contient de nombreuses maladresses. Déjà, ce message n’apporte rien, car tout le monde sait que fumer, ça tue. Et les gens fument encore. Savoir que fumer tue n’est donc pas suffisant pour arrêter.

Mais on peut aller plus loin. Dans « fumer tue », il y a le mot fumer, qui est l’homophone de l’injonction fumez !. On peut remarquer également qu’en inversant les deux mots, on obtient  tue fumer, très proche de tu fumes. On nous donnerait donc l’ordre de fumer dans un message anti-tabac ?

Peut-être pensez-vous qu’il faut être bien stupide pour confondre fumer et fumez ! ou encore fumer tue et tu fumes. Et vous avez raison. Consciemment, on ne peut pas faire l’erreur. Mais l’inconscient possède de bien étranges capacités concernant les mots et les lettres. Pour vous en convaincre, vous pouvez vous apercevoir que vous savez très bien lire le texte suivant :

sleon une édtue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dnas un mot n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire lteetrs sinoet à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porblmèe. C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.

Finalement, dans la mesure où le message « Fumer tue » n’a aucune valeur consciente, et qu’on n’a aucune idée de ce que l’inconscient en retire, je m’interroge sur son efficacité. Je m’interroge aussi sur le fait que les deux messages les plus ambiguës parmi tous ceux imposés par la loi française sont ceux du tabac et de l’alcool, qui sont tous deux défendus pas de puissants lobbies.

A votre imagination... prêt ? partez !

Après cette critique acerbe, je me devais bien de faire quelques propositions. Je me suis donc essayé à quelques messages de prévention contre le tabagisme. Je vous invite à laissez en commentaire les idées qui ne manqueront pas de vous venir suite à cette lecture.

 (je dois l’idée du « Mouton fume » à M. Kevin Finel)

Pour en savoir plus sur les mécanismes de dépendance psychologique au tabac, c’est ici.

Pour découvrir d’autres articles du même auteur, c’est ici.

Pour en savoir plus sur l’hypnose, c’est ici.

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